Salauds d’Enfoirés

Tous les ans reviennent cycliquement les mêmes plaies et souffrances diverses infligées par la vie : la peste, le choléra, les impôts, les repas de famille chez belle-maman, la peau d’orange sur les cuisses,  Nadine Morano, l’élection de Miss France,  les fêtes de fin d’année et leur indissociable corollaire :

Les Enfoirés.

Qui vont bientôt nous régaler de leur talent et de leur harmonies vocales tellement réussies…

Quasi 25 ans que ces chanteurs has been nous pètent les testicules avec leurs reprises approximatives de standard de variétés déguisés de façon ridicule en bergères, marins ou sex-toys.

Quasi aussi longtemps que je râle de façon intermittente et superfétatoire contre cet étalage conjugué de mauvais goût, de guimauve écoeurante, de faux bons sentiments, de racolage et de chansons à chier.

Ce qui ne me gêne pas tant c’est d’entendre deux heures d’atrocités musicales pour la bonne cause.

Après tout, ne pas regarder est une bonne solution pour les éviter.

Non ce qui me gêne c’est de découvrir passée une première impression de malaise diffus, que mon malaise diffus justement était justifié.

Car non les Enfoirés ne sont pas la belle entreprise philanthropique et radieuse qu’on veut bien nous présenter.

Du verrouillage de l’organisation par Goldman qui exerce une sorte de droit de vie ou de mort sur les participants, à la rémunération des artistes qui ne sont pas du tout bénévoles, en passant par le repêchage d’anciennes gloires en bout de course, jusqu’au fait que seuls les bénéfices du disque sont reversés aux restaus du coeur et pas du tout ceux du spectacle, je me suis déjà largement répandue sur les coulisses pas très nettes de ce cirque médiatique et sur toute « l’estime » que je portais à cette organisation.

Le charity business n’est pas franchement ma tasse de thé.

Oui, c’est mieux que rien, oui, après tout pourquoi pas, oui, après tout que fais-je de plus que ces gens.

Ce que je fais, ça me regarde.

Personne n’a besoin de le savoir.

Pour revenir au restos, on peut les aider en faisant un don financier ou logistique.

Mais directement, c’est tout aussi bien.

Et ne surtout pas jeter un regard aux spectacle navrant d’adultes assez âgés chantant faux, qui se font leur auto-promo pour relancer leur carrière déclinante dans des costumes récupérés dans une vente en gros de déguisements de cirque.

Tiens, je te mets même le lien sur le site, tu n’auras même pas à chercher, c’est là 

 

Docteur, je suis pragmatique, c’est grave ?

Mon cerveau oscille en permanence entre deux pôles opposés et parfaitement contradictoires.

Par exemple ma dinguerie bizarroide est contrebalancée par un pragmatisme persistant (hérité de ma grand-mère maternelle parait-il).

Je ne suis pas une théoricienne ou une stratégiste des hautes sphères j’ai tendance à tout ramener à des choses concrètes.

Ce qui m’amène systématiquement à voir le détail qui fâche dans les usines à gaz.

Et qui m’a valu un nombre certain d’inimitiés en réunion quant au milieu d’une brillante démonstration je levais le doigt pour dire « au fait si on branche un truc en 220 v sur une prise en 110 v ça va sauter ».

C’est un exemple théorique bien sur.

Je préfère l’action à la réflexion, enfin surtout la réflexion fumeuse.

La réflexion, il en faut de temps à autres, soyons clairs.

Ce pragmatisme de combat est, en plus, couplé avec une nette tendance à ne pas tourner autour du pot.

Le « straight to the point » cher à nos amis anglo-saxons.

Ce qui, dans un pays plutôt habitué à tourner 7 fois sa langue autour du pot avant de prononcer la moindre phrase, n’est pas forcément apprécié.

Tu couples « au fait si on branche un truc en 220 v sur une prise en 110 v, ça va sauter » avec « pourtant c’est assez simple à mettre en place »

Et tu te fais plein d’amis pour la vie. Qui vont t’aimer très fort. Surtout loin d’eux.

Alors oui, j’ai tenté parfois d’élever la réflexion dans des sphères plus théorique et d’arrondir les angles.

Mais mes automatismes reviennent systématiquement et je finis assez régulièrement couvertes de cailloux seule dans mon coin.

A croire que les gens préfèrent les usines à gaz avec des angles arrondis, que veux-tu.

Je porterai donc ma croix de vérité et de droitisme jusqu’au bout.

Ce sera mon fils, ma bataille

Un jour je vaincrais. Et nous dirons tous des trucs sensés directement.

Enfin espérons-le.

Ou pas.

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D’Ingrid Betancourt à Florence Cassez

Souvenons-nous : il y a quelques années, Sainte Ingrid de la foret amazonienne, mater dolorosa, martyre, victime des méchants FARC dont les comités de soutien chantaient les louanges sur tous les tons avec marches blanches et vente de tee-shirts.
Icone à laquelle il ne fallait surtout pas toucher. Pure, héroïque, quasi-sainte.

Dont la libération avait été suivie minute par minute par la presse en délire avec en apothéose la réception à l’Elysée par un Nicolas Sarkozy bouffi d’importance et de son statut de libérateur en chef.

 

Sans minimiser les souffrances de cette femme retenue pendant des années par des gens moyennement sympathiques au milieu de nulle part dans des conditions atroces, ni celle de sa famille, l’iconisation d’Ingrid et le déferlement médiatique précédant et succédant à sa libération m’avait profondément exaspérée.

 

J’avais osé exprimer mon opinon, à la plus grande indignation de quasi-tous mes interlocuteurs et au risque de me faire traiter de monstre froid et égoiste.

La suite des évènements ne m’a pas donné tort, semble-t-il.

A posteriori la dame n’était pas ni aussi désinteressée, ni aussi gentille, ni aussi détachée des contingences matérielles qu’on avait bien voulu le dire.

Il s’est avéré que malgré tous les avertissements, elle s’était volontairement rendue dans la jungle, pour faire un « coup » électoral, pensant que les FARC la retiendraient quelques jours avant de la libérer.

Que les capitaux finançant sa campagne n’étaient pas toujours très clairs,  ou encore que sa famille avait parfois des amitiés et des connexions douteuses.

Certains otages américains emprisonnés avec elle l’ont décrite «égoïste, arrogante, manipulatrice» ; Noël Saez, ancien émissaire de la France en Colombie l’a jugée «ingrate» car elle ne l’a jamais remercié ; son mari Juan Carlos Lecompte, estime qu’elle l’a trahi et abandonné brutalement en demandant le divorce.

Même Clara Rojas, son assistante lors de sa campagne électorale et détenue en même temps dans la jungle colombienne, pourtant très proche d’Ingrid Bétancourt au moment de leur capture, n’a pas hésité à décrire une femme mesquine, seulement préoccupée par son propre sort et prête à toutes les bassesses pour avoir une situation plus confortable. Elle reproche également son attitude à la famille Bétancourt. Qu’elle accuse d’avoir caché des preuves de vie la concernant «par jalousie», afin qu’Ingrid conserve le «rôle principal» dans cette histoire.

Sans l’appui d’un entourage très aisé disposant des bons appuis politiques, Ingrid Bétancourt croupirait peut-être encore dans la jungle, comme c’est le cas de nombreux autres otages.

Règlement de compte ou vérité, son image apparait beaucoup plus contrastée aujourd’hui, comme le résume cet article du journal Le Point

Et ne méritait peut-être pas l’iconisation, la martyrologie et le déferlement médiatique lors de sa libération avec tous les médias en boucle minute par minute sur ses moindres faits et gestes.

On retrouve aujourd’hui les mêmes symptomes dans l’affaire Florence Cassez.

Innocente ou coupable, même si ses actes ne sont pas toujours très clairs, elle a payé, elle est restée 7 ans enfermée, dans de probables conditions que je ne souhaite à personne.

Mais qu’on en fasse une icone martyre de la souffrance innocente avec déferlement médiatique en boucle pendant 48 heures autour de son retour, reléguant d’autres dossiers dont la crise au Mali ou en Algérie dans l’ombre,  laissez-moi esquisser une moue dubitative.

J’ai personnellement du mal à croire qu’elle ait fréquenté un parrain Mexicain qui, entre autres,  enlevait des gens contre rançon sans se douter un minimum de ses activités.

Les gangsters Mexicains sont notoirement connus pour leur sobriété et leur discrétion.

Cela ne la rend pas coupable pour autant.

A part éventuellement de complicité passive qui ne justifie  pas 7 longues années de détention.

Mais n’explique pas non plus qu’on l’accueille avec plus de flonflons et de trompettes que certains otages qui, eux, se retrouvent détenus dans des conditions encore plus difficiles, et n’ont rien demandé à personne.

Je ne suis pas certaine que la libération d’Hervé Ghesquière et Stéphane Taponnier, qui ont été aux mains des Talibans en Afghanistan pendant 18 mois ait suscité autant de bruit médiatique, par exemple.

Les quelques discussions que j’ai pu avoir avec mon entourage sur le sujet montre que son cas intéresse d’ailleurs plus les médias que le reste.

Voire exaspère tant la seule version des faits qu’on nous livre est celle de ses défenseurs.

Or, comme pour celle d’Ingrid Betancourt,  il reste des zones d’ombres dans cette histoire.

Si on reprend les faits côté Mexicain, son arrestation a été mise en scène, certains temoignages ont été fabriqués, mais d’autres restent assez troublants sur son rôle.

Notamment ceux de certains ex-detenus de son petit ami qui insistent sur son rôle actif dans les détentions d’otages.

A lire ce témoignage (en espagnol, mais compréhensible).

Pour une majorité de Mexicains, elle est bel et bien coupable, même si sa peine de prison était démesurée et il peinent à comprendre sa libération. La justice Mexicaine n’a pas formellement conclu à son innocence, même si elle a été libérée.

J’ai été assez troublée, je l’avoue par son attitude juste après son retour en France.

Outre le fait qu’elle demande à Sarkozy de venir l’accueillir (pour rendre l’évènement plus spectaculaire ?) je l’ai trouvée très à l’aise médiatiquement parlant, enchaînant les interviews et ne laissant filtrer que très peu d’émotion. Froide. Distante. Presque calculatrice.

Il y a une différence entre la retenue et le contrôle. Je dirais qu’elle était plus dans le contrôle que dans la retenue.

Je m’attendais presque à ce qu’elle dise « je raconterai tout dans mon livre qui va sortir dans quelques mois ».

En attendant, plus de 2000 autres français sont détenus, en prison ou otages,  partout dans le monde et croupissent parfois en détention depuis des années sans que leur cas mobilise l’opinion.

Ni nos cher médias avides d’information spectacle qui peut gonfler leur audience, jusqu’à la nausée de leurs auditeurs/spectateurs/lecteurs.

Coupables ou innocents, le silence qui les entoure contraste encore plus avec le bruit fait autour de l’affaire Cassez.

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