« Oui mais toi, tu es forte »

Mon karma est ainsi fait que je sers assez souvent de déversoir pour les problèmes et les soucis des autres.

Pourquoi ?

Aucune idée.

C’est pourtant pas le fait d’être aimable.

Je me donne suffisamment de mal pour être une tête de cochon de première catégorie.

Seulement dès que je me mets à répondre ou à écouter quelqu’un, généralement peu de temps après, j’ai souvent droit aux peines de coeur/d’argent/de famille voire au début de psychothérapie de comptoir.

En règle générale, ça ne me dérange pas plus que ça.

J’ai un bon système d’écoute sélective qui fait qu’une litanie de « il m’avait pourtant dit qu’il allait rappeler » se transforme en bruit de fond auquel je peux aisément superposer une des chansons favorites de mon juke box intérieur.

Qui est constitué principalement, j’ignore aussi pourquoi, d’improbables scies musicales qui mettraient radio nostalgie au rang de média pour hipsters.

Mais parfois, mon juke box intérieur est en panne, le bruit de fond se fait plus persistant, où j’ai un moral aléatoire qui fait que je ne suis pas d’humeur à danser le hip hop sur la scène de Bercy.

C’est à ce moment précis, quand je tente un « boh, moi aussi tu sais, j’ai pas trop le moral…. » que je récolte généralement un « oui, mais toi tu es forte » .

Qui veut dire à mon sens deux choses

Soit « je suis là pour parler de mon nombril endolori et de toutes manières, j’en ai rien à cirer de tes problèmes »

Soit « tu es mon roc, mon pic, ma péninsule, et je sais que je peux me reposer sur toi » (accessoirement, j’en ai rien à cirer de tes problèmes, en prime).

Désamorçons aujourd’hui cette dernière alternative.

Non, je ne suis pas forte.

Pas plus forte que n’importe qui. Voire moins forte que n’importe qui.

Moi aussi j’ai des soucis, comme la terre entière.

Ma vie n’est pas une vallée de roses remplie de sucettes au caramel. Elle est remplie de part d’ombre, de doutes, de peurs aussi étendues que la mer de la tranquillité et de failles qui feraient passer le grand canyon du Colorado pour un trou de souris.

 

Il y a mêmes des matins ou j’ai tellement de mal à envisager de continuer à mettre un pied devant l’autre que m’ouvrir la carotide au cure-dents me semble une alternative intéressante.

 

Mais, si je peux râler pour des petites choses agaçantes ou futiles, si la situation devient plus problématique ou grave, je suis de ceux qui se taisent.

M’épancher sur une épaule amie est probablement une des choses les plus difficiles à réaliser.

Je ne supporte pas l’idée de compassion. Encore moins celle de pitié.

Encore moins celle de demander de l’aide.

Pourtant, crois-moi, un peu d’aide n’aurait pas été de trop dans plusieurs circonstances.

Mais non, rien à faire. Le « au secours » reste coincé sous la quintuple épaisseur de béton de mon blindage personnel.

Et je finis toujours par me débrouiller toute seule. Au prix parfois d’un gymnastique intérieure totalement épuisante.

Donc toi qui passe par là et commence à me raconter qu’ « il avait pourtant dit qu’il allait rappeler » si je n’ai pas l’air de porter précisément une attention particulière à tes avanies sentimentales, demande-toi si, éventuellement, je vais bien.

Même si je ne te parle pas de mes démons intérieurs, un simple « et toi, ça va ? » fera l’affaire.

Et peut-être qu’un jour en réponse, je t’appellerai au secours.

Peut-être.

Pas certain.

 

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(Photo non truquée, c’est une vraie culturiste)

Quoiqu’il arrive, je m’énerve

Je m’énerve souvent.

Certes.

Je tempête, je pestifère, je râle, je m’indigne, je bougonne.

Pour tout et n’importe quoi, voire son contraire et inversement.

Et pour le plus grand désagrément de mon entourage qui me voit subitement monter dans les tours simplement parce que la lessive X que j’utilisais depuis plusieurs années est déréférencée par son fabricant pour cause de ventes insuffisante.

Si tu as déjà vu quelqu’un piquer une crise en se roulant par terre dans le rayon « hygiène de la maison » de ton hypermarché c’est probablement moi.

Ce qui vaut pour la lessive vaut pour des sujets plus importants.

Je passe ma vie à envoyer des scuds verbaux ou écrits en passant mes nerfs sur tous ceux qui barrent ma route physique ou intellectuelle.

Qui OSENT barrer ma route physique ou intellectuelle devrais-je dire.

La crise est évidemment l’expression de mon côté enfant gâtée-diva-princesse auquel rien ni personne ne dois jamais résister.

C’est assez moyen, socialement parlant, j’en conviens volontiers.

Mais si on retourne le verre pour qu’il soit à moitié plein, finalement, bien qu’il soit parfois épuisant, j’aime cet énervement continuel.

Il me maintient.

Tant que j’aurais la force, la volonté, la niaque et l’énergie pour gueuler, je serai moi, je serai vivante.

Ca signifie que ma capacité de m’émouvoir, de réagir, de réfléchir, de me révolter sera intacte.

Que je pourrais encore débattre avec les gens intelligents et pourfendre les cons.

Que mon esprit sera éveillé au monde et pas endormi sur un canapé devant une série allemande sur France 3, les mots croisés posés sur le ventre.

(je n’ai rien contre les mots croisés, note, j’adore ça même).

Que je pourrais encore partir en croisade contre les moulins à vents juchée sur mon vieux cheval de bataille. Même si c’est idiot, même si ça ne sert à rien. SURTOUT si ça ne sert à rien.

Se battre pour des choses inutiles c’est toujours se battre.

Que j’entendrais encore mon coeur cogner dans ma poitrine, le sang battre dans mes tempes et ma voix sortir de ma gorge sur un mode hysterico-suraïgu.

Que mes poings se serreront de façon ridicule pour cogner sur un ennemi imaginaire ou réel qui fait deux fois ma taille, mon poids ou mon intelligence et qui se moquera de mon pauvre crochet du gauche qui ne tuerait même pas un hamster de taille normale.

Je m’en fous, je le balance quand même mon crochet, tant que je peux boxer, je boxe.

Tant que je peux hurler, je hurle.

Tant que je peux ne pas me résigner, je ne me résigne pas.

Je ne veux pas être sereine, je ne veux pas être détachée, je ne veux pas être zen, je ne veux pas être Gandhi.

Je redoute même le jour où je passerai dans le rayon lessive de mon magasin et que la mienne ayant disparu, je hausserai tristement les épaules en disant « pas grave, j’en prends une autre »

Ce jour là, le jour où la résignation aura gagné, ou ma capacité d’indignation et d’énervement se sera effacée, au-delà de mon âge réel, je serai vieille.

Alors plus rien n’aura vraiment d’importance, et je pourrai disparaître.

 

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Voilà, c’est tout…