Ne me demande pas en mariage, Lucien

Je ne sais pas si tu as remarqué mais depuis quelques années on assiste à une surenchère dans la mise en scène des demandes en mariage.

Pas une semaine sans une vidéo d’un type qui déclare sa flamme à sa fiancée à la télévision, sur un écran géant ou qui mobilise sa fanfare pour demander à sa copine de l’épouser.

Chacun fait ce qu’il veut, mais pour ma part, je ne trouve ça ni romantique, ni drôle, ni agréable à vivre.

Enfin dans l’hypothèse où la chose pourrait m’arriver ce qui est hautement aléatoire.

J’ai déjà horreur des manifestations intimes en public. Même embrasser quelqu’un devant la terre entière n’est pas un exercice que j’affectionne particulièrement.

Même voir des amoureux s’embrasser bruyamment avec des bruits de lavabo qui se débouche devant moi me met mal à l’aise, c’est dire…

Alors j’imagine mal un amoureux potentiel me sortir une bague en m’attendant en bas de mon travail, devant tous mes collègues réunis et émus, avec les pompiers de Paris qui font une démonstration de gymnastique en descendant en rappel du haut de la tour, pendant que la télé filme le tout.

Ensuite je trouve qu’il y a un petit côté prise d’otage. Le côté public rend le fait de dire non, particulièrement humiliant pour le « demandeur ».

Je ne suis pas certaine que quand tu as de l’affection pour quelqu’un tu aies envie de l’humilier publiquement même si tu n’as pas envie de te marier. Tu te sens donc un poil obligée de dire oui.

Ceci dit il arrive quand même qu’un pauvre diable se retrouve à la télé bêtement agenouillé avec sa bague pendant que la promise part en courant et en riant aux éclats, le laissant humilié face à des millions de spectateurs. C’est le risque de l’exercice.

Pour tout dire, je trouve même cette notion de « demande en mariage » assez archaïque.

J’ai fait le choix de me marier, parce que je crois en cet engagement à titre personnel, mais j’aurais très bien pu ne pas le faire et je conçois totalement qu’on en ait aucune envie.

Si on l’envisage, un mariage se décide à deux en discutant et pas parce que le gars se met à genoux devant sa belle princesse fragile et délicate en lui offrant des diams.

(bon pour les diams on peut éventuellement négocier)

(OH BEN QUOI J’AI LE DROIT D’AIMER LES DIAMS, NON ?)

A ce stade, on peut aussi demander aux hommes de remettre des gants et d’aller demander la main de leur future à leur beau-père,

Voire de remonter sur un destrier et de venir nous arracher à coups de sabre à notre famille qui nous destinait à un autre, tant qu’on y est.

Apparemment selon sondage rapide dans mon entourage, les réactions sont contrastées face à ce phénomène. Certaines ont la même réaction, alors que d’autres sont soit indifférentes, soit amusées, soit à l’autre extrêmité de la chaine de réactions adoreraient l’idée et la trouvent même follement romantique.

Je mets pour ma part la notion de romantisme à un autre niveau, chacun son truc.

Ce que j’aimerais savoir c’est ce que pensent nos amis les hommes de telles initiatives.

Dans mon entourage, à nouveau, je n’ai pas d’exemplaire trouvant ce genre de manifestation particulièrement intéressante. Je n’ai récolté que des « ridicule » « la loose » « la tronche du gars » et commentaires à l’avenant.

Je dois vivre dans un biotope mondain, désabusé et cynique, j’imagine.

Je reconnais en tous cas un mérite aux hommes qui déploient des trésors d’ingéniosité pour mettre en scène leur demande : une imagination débordante.

J’espère pour leur future qu’il déploieront la même énergie pour participer aux tâches ménagères.

C’était la touche féministe pour terminer.

Pardon, lecteur, je m’auto-flagelle déjà.

 

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N’y pense même pas, Lucien

Le journalisme du rien

Avant c’était mieux.

Quand Le Liechtenstein déclarait la guerre au Luxembourg on envoyait un gusse en treillis et rangers qui hurlait  dans son micro entre deux sifflements d’obus

« NOUS SOMMES SOUS UN FEU NOURRI DE L’ARTILLERIE LUXEMBOURGEOISE EDMOND-JULES, JE NE SAIS PAS SI JE VAIS POUVOIR MAINTENIR LA LIAISON LONGTEMPS »

Puis est arrivée la guerre de le golfe.

Version 1. Début 91.

C’est à ce stade que le traitement de l’info en France a commencé à changer. Vu que nos reporters hexagonaux était tenus loin de la ligne de front par les GI’s et qu’il fallait bien meubler, nous avons commencé à avoir des heures de direct d’un intérêt totalement fulgurant du style

« Alors Edmond-Jules, et chez vous, que se passe-t-il ?

Et bien Paul-Kevin, ici il y a du soleil, et je crois même avoir vu une sauterelle se cacher sous un buisson. Sinon ? J’embrasse ma fiancée (et toi aussi) (on se voit toujours au retour ? J’aime beaucoup tes petites fesses moulée dans ton nouveau jean. Bisous).

Je m’en souviens parfaitement, j’étais en congés maladie pile poil à ce moment, j’ai du subir des heures de direct inepte au lieu des feux de l’amour pour comater, fiévreuse, sur le canapé.

Couplée avec l’arrivée des chaines d’info continue, on a donc eu droit depuis cette époque à une montée en puissance d’une info en boucle pour remplir des heures de direct.

La journée d’un reporter planté devant un endroit aussi animé que le cerveau d’une Miss Univers regardant un reportage sur l’existentialisme théoriquene servant rigoureusement à … rien.

Sur un plan informatif bien sur.

A part vraisemblablement à caser de précieuses pages de pub, nourricières de la chaîne, qui lui permettra d’envoyer encore et encore de charmants reporters plantés devant le moindre non-évènement qui pourrait avoir un retentissement médiatique, meubler pendant des heures. Jusqu’à la nausée.

 

Que les chaines d’info continue pratiquent l’exercice, ok, c’est leur fond de commerce et il faut bien « tenir » des heures de direct. Mais les chaînes généralistes ? Remplir la moitié ou 75 % d’un journal avec des « Je vous confirme Alexandre-Albert qu’ici il ne se passe strictement rien » je n’en vois vraiment pas l’utilité.

 

Les exemples récents ne manquent pas : le siège de l’appartement de Merah à Toulouse avec le plan fixe du cul du camion de la police pendant des heures et trois détonations au loin ; les heures de planque à guetter la fumée blanche dans l’attente de la désignation de Benoit XVI ; les gros plans interminables sur la façade de la clinique de la Muette pendant la ponte présidentielle (avec supputations abracadabrantesques sur le nom de Sarkozette junior).

(et Edit 2013, les interminables interviews de neuro-chirurgiens sans aucun intérêt dans le cas du malheureux Schumacher, dont on espère qu’il va guérir, bien sur).

 

Et cerises sur les gateaux : le gros flop de I télé (ou BFM j’ai un doute ?) filmant pendant des heures la porte de la maison de DSK à New-York, et diffusant la pub pile-poil au moment où il sortait ; et le spectaculaire exercice de commentaire de porte fermée que nous a offert David Doukhan devant celle de François Hollande au soir de l’élection présidentielle.

 

Ceci dit, ce stand-up improvisé a contribué à faire de ce brillant jeune homme le spécialiste intercontinental de la porte et la star de twitter pour un soir.

Je ne suis pas certaine que ce soit son but dans la vie, mais il aura gagné son quart d’heure de célébrité.

 

En attendant, c’est la patience du téléspectateur qui vacille et la crédibilité de l’information qui en prend un coup.

On a presque envie de se rabattre sur les reportages de France 3 régions sur l’élevage de la moule de bouchot en Charente-Maritime, ça repose.

Voire de faire un truc totalement dingue, et qui risque de changer ta vie à jamais.

Ouvrir un bouquin.

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