Enterrement de vie de jeune…Alcoolique

Dans la série « oui, mais bon il y a prescription et je change les noms de toutes manières » il y a une histoire que je ressors régulièrement pour témoigner de mon passé glorieux et de ma jeunesse …. Dissipée / Sage / Agitée / Studieuse / Au couvent / Portnawak / .. (raye les mentions inutiles).

En cette douce période qu’on appelle maintenant « la parenthèse enchantée » où on cramait au soleil pendant des heures, on mangeait gras, on fumait comme des cheminées d’usine des cigarettes et de la lavande, sans qu’aucune agence pour la santé publique ne nous hurle dessus « VOUS ALLEZ TOUS MOURIR DANS D’ATROCES SOUFFRANCES » ; et où, sans internet, on avait plein de temps pour découvrir le monde en vrai (si, si, je t’assure), notamment lors de voyages linguistiques où on échangeait nos connaissances, voire notre langue, voire nos fluides corporels SANS PRESERVATIFS  avec des anglo-saxons, des scandinaves, des espagnols voire des surfeurs Australiens à cheveux très longs bodybuildés, très limités intellectuellement (mais qui s’en soucie vraiment quand le gars est un surfeur Australien bodybuildé, je te le demande ?) ; On rigolait un peu pas mal.

Les filles commençaient à s’assumer plus, même si, je te le confirme, on était pas encore au niveau de monter sur un bar en hurlant « je parie que je bois 5 tequilas d’affilée en faisant tournoyer mon soutif ET je pécho le barman ».

Quoique.

Il fut un soir où de jeunes filles plutôt rangées se sont brutalement transformées en Amazones totalement déchaînées et incontrôlables.

Dans notre groupe nous avions une tête brûlée. Elle aurait pu porter un tee-shirt « sexe, drugs and rock’n roll » sans aucun problème. La fille expérimentait tout, mais vraiment tout ce qui se présentait.

Elle s’appelait Martine (non, je ne tolère à ce stade aucune fausse couverture de Martine avec des allusions graveleuses).

Comme la vie a parfois des détours bizarres, notre Martine a rencontré un jour un garçon plutôt Neuilly-Auteuil-Passy. Très bonne famille, du style polo, pull noué sur les épaules et Ile de Ré pour les vacances dans la maison familiale.

Etrangement, alors qu’ils n’avaient rien, mais vraiment rien en commun, ni milieu, ni goûts, ni culture, ils ont fini par former un couple solide. Martine a commencé à se ranger des voitures et à envisager une vie calme avec enfants et chien dans un joli pavillon fleuri.

Cette jolie histoire a donc fini par un projet de mariage.

Petit aparté, à l’époque, les enterrements de vie de jeune fille n’existaient pas ou très peu. On enterrait les garçons bruyamment et avec beaucoup d’alcool pendant que les demoiselles brodaient leurs trousseaux à la maison (enfin pas tout à fait, mais quasiment).

La veille de son mariage, Martine nous appelle, un peu stressée avec les classiques doutes « je ne sais pas si je ne fais pas une connerie » « j’ai la trouille » « je suis hyper-nerveuse ». En nous proposant de nous réunir chez elle entre filles invitées au mariage et de boire un verre rapidement en fin d’après-midi pour trinquer à l’amitié et au passé dont on ne reparlera plus jamais (il ne valait mieux pas en l’occurrence), avant de se passer définitivement la corde au cou en robe immaculée.

Un verre.

On parle, on rit, on plaisante, on ne fait pas attention.

On teste le champagne du mariage, le verre se transforme en deux, puis en bouteille, puis en plusieurs bouteilles.

Puis on arrête de compter parce qu’on arrive plus à compter. En fait.

A ce stade je n’ai plus de souvenirs très clairs.

Comment sommes-nous arrivées devant une boite de nuit dont on nous a refusé l’entrée ? A un GROUPE de filles ? Mystère. Mais pour qu’on nous refuse l’entrée il fallait qu’on soit déjà dans un état fortement avancé.

Pourquoi nous sommes-nous fait jeter d’un café par le propriétaire complètement terrorisé, qui doit encore s’en souvenir aujourd’hui ? Mystère encore. Peut-être qu’effectivement nous avons tenté d’escalader le bar pour faire tournoyer nos soutifs.

Par quel miracle les flics enfermés dans leur camionnette ne nous ont-ils pas embarqué au commissariat quand nous avons tambouriné à la porte en gueulant « Sssssortez les gars on veut vous voir !!! » ? Le dieu des ivrognes, probablement. En revanche, ils ne sont jamais sortis, je te confirme. Ils devaient avoir peur.

Vers 3 h/4 h du matin, l’une d’entre nous a quand même réussi à émerger des vapeurs d’alcool pour réaliser qu’on courait à la catastrophe. Ou qu’on y était déjà. La future mariée était ivre morte, même plus capable de tenir debout.

C’était Tchernobyl-sur-Seine avant l’heure.

On a réussi à rentrer chez elle en zigzag pour tenter de remettre les choses en place. La panique nous a fait dessaoûler rapidement. Martine ne bougeait plus d’un poil.

La seule solution que nous avons trouvé c’est de la coller sous une douche froide pour qu’elle émerge enfin. Ce qui a pris une bonne heure. Je te laisse imaginer l’état de la fiancée. Une heure sous une douche froide pour émerger. Et pourtant elle avait une solide dalle en pente qui lui avait fait plier quelques hommes dans des matches de « je peux boire plus que toi ».

On a toutes bu des litres de café pour tenter de faire face à la journée qui nous attendait. Puis retournées chacune chez nous pour dormir une ou deux heures et nous préparer. Martine part se faire habiller, coiffer et maquiller pour la cérémonie.

Le réveil a été difficile. Très difficile. Très très difficile. Un mélange de bourdon de notre-dame et de corne de brume dans la tête chaque fois que quelqu’un chuchotait à côté de nous. L’idée de subir le bruit du cortège et l’orchestre de la fête du soir nous donnait une envie alternative de mourir sur place ou de tuer quelqu’un pour se passer les nerfs avant de vomir sur sa dépouille pour cause d’estomac récalcitrant.

Evidemment, la mariée était dans le même état et chancelait sur le parvis de la mairie dans sa robe blanche sous le regard inquisiteur de la belle-famille très collet monté. Elle arborait un joli teint verdâtre, ravissant avec une robe blanche.

En nous voyant arriver, belle-maman a percuté que ce n’était pas forcément une gastro de sa belle-fille et s’est mis à nous hurler dessus en mode Castafiore hystérique, renforçant l’action de la perceuse qui tentait de nous perforer le lobe temporal depuis le réveil.

Le marié restait stoïque, mais on voyait bien qu’il était loin d’être ravi.

Martine a tenu bon. Pendant la mairie, à l’église jusqu’au vin d’honneur et au début du repas. Elle est restée digne, bien qu’un peu vacillante par moment.

Nous en revanche, nous adoptions une posture entre le foetus et la limace étalée sur une feuille de salade à chaque fois que nous avions l’occasion de trouver une chaise. Les mains alternativement sur les oreilles, les yeux ou la bouche pour empêcher notre estomac de remonter notre oesophage.

Voir passer l’entrée du repas de noce a été l’équivalent d’être torturées à coup de gégène à Guantanamo. Deux ou trois d’entre nous étaient au bord du malaise vagal. Nous n’avions qu’une envie : rentrer et dormir. Mais pour éviter les foudres de belle-maman qui nous surveillait d’un oeil mauvais, nous avions l’obligation de tenir au moins jusqu’à la pièce montée.

Arrive l’ouverture de la piste de danse. Avec les mariés qui évidemment lance les hostilités. Et quand je parle d’hostilités, ce n’est pas un vain mot. Après avoir tenu plus de huit heures, au premiers pas de valse, Martine s’est littéralement effondrée sur son mari tétanisé.

A ce stade, la position de la limace adoptée toute la journée nous a finalement été utile. Sans nous concerter, notre petit groupe migraineux s’est dirigé en rampant vers la sortie pour échapper à la colère de la belle-famille qui avait vu son mariage organisé soigneusement depuis des mois s’effondrer dans des vapeurs alcoolisées.

Je suis rentrée en titubant avant de partir pour un marathon de sommeil d’environ 24 heures.

Malgré cette cérémonie calamiteuse, les mariés ont vécu heureux et eurent beaucoup d’enfant (du moins aux dernières nouvelles d’il y a quelques décennies).

Quant à moi en me relevant le surlendemain, j’ai juré que plus jamais je ne toucherai une goutte d’alcool.

On peut y croire. Fort. Très fort.

(avec modération l’alcool, jeune padawan, tu vois ce que ça donne).

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(bon ok, j’ai pas résisté)

 

 

 

One thought on “Enterrement de vie de jeune…Alcoolique

  1. Aaaah, les histoires d’alcool, c’est toujours quelque chose (ouais ouais, le petit Padawan, ecoutes le bon conseil, bois pas trop!)

    Je n’avais jamais vu cette fausse couverture de Martine, j’aime beaucoup 😀

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