Harcèlement

Alors que les pouvoirs publics semblent enfin sortir de l’indifférence sur le vaste sujet du harcèlement des femmes dans l’espace public, j’aimerais à mon modeste niveau apporter ma pierre à l’édifice.

Comme quasiment toutes les filles/femmes j’ai été victime, car oui on peut parler de « victime » dans ce cas de harcèlement dans la rue, dans des bars, des boites, et même des soirées privées.

Des mots vulgaires, des sifflements, des gestes obscènes, des tentatives d’attouchements, de pelotage, des mains aux fesses, des exhibitionnistes qui trouvaient bon de me déballer leur matériel dans le métro ou ailleurs.

Régulièrement, pendant des années et des années. Et encore aujourd’hui.

Au départ, environnement culturel oblige, je suppose, je restais paralysée, subissant en silence, par honte, parce que « on ne parlait pas de ces choses-là ».

J’étais jeune, timide, me rebeller me paraissait inconcevable et pour tout dire « pas très féminin ». Une autre époque.

Malgré tout, même une main au fesses laisse des traces. C’est un viol, un petit viol, mais un viol néanmoins. Et la répétition régulière de ce viol n’est pas sans conséquence sur la vie intime.

Puis un jour j’en ai eu assez, l’attouchement de trop, un type a essayé de glisser la main sous ma jupe dans les escaliers du métro, je me suis retournée et je lui ai claqué une baffe d’anthologie.

Le type, probablement vexé, m’en a retourné une. Tout le monde me regardait, il a hurlé « cette fille est folle », défense typique des agresseurs pris la main dans le sac.

Je n’en avais strictement rien à faire que les gens me prennent pour une dingue, parce que dans ce cas là, évidemment c’est toujours la femme qui est coupable, elle tente, elle a une jupe trop courte, une démarche aguicheuse, des cheveux trop longs ou que sais-je encore.

Depuis je me défends, systématiquement. Je hurle sur le gars quitte à passer pour une dingue ou je frappe, quelque soit le format de l’agresseur.

J’ai heureusement ou malheureusement la caractéristique de perdre tout contrôle en cas de contact non consenti. Je pers la notion du gabarit du type en face et je me transforme en Hulk avant de redescendre et de réaliser a posteriori le danger que je pouvais courir.

La dernière agression remonte à deux ans environ, un type m’a suivi dans ma cage d’escalier, m’a sauté dessus et a essayé de me peloter, je me suis dégagée en hurlant et je lui ai tapé dessus à coups de parapluie. Un peu ridicule mais suffisant pour le mettre en fuite.

J’en ai payé le prix nerveusement pendant quelques jours.

Je sais que mon adrénaline me permet ce genre de réactions mais que ce n’est pas le cas de toutes. Beaucoup restent paralysées, n’osant ou ne pouvant rien faire. Et, dans les grandes villes, on sait bien qu’on ne peut guère compter sur la solidarité des voyageurs dans les transports en commun ou des passants qui préfère passer leur chemin que de se mêler d’une histoire qui ne les regarde pas.

C’est pourquoi, même si je suis loin d’être favorable au principe d’une loi pour tout régir dans nos vies, je ne peux qu’approuver que le harcèlement de rue soit enfin un problème qui devienne public et qu’on prenne des mesures pour tenter de l’éviter.

Non un sifflement n’est pas un compliment, non un effleurement non consenti n’est pas une preuve d’admiration.

C’est une objetisation de la femme, qui la met au niveau d’un morceau de viande bon à passer à la casserole. Et l’homme au niveau du Neandertal.

Il est largement temps d’en finir avec Neandertal, messieurs les harceleurs, rangez votre testostérone, avec moi, en tous cas, elle risque de finir coincée entre vos gencives ou au poste de police.

Et Mesdames, en cas d’agression n’hésitez plus à hurler si vous ne pouvez pas frapper, au moins les gens se rendront compte de ce qui se passe, le ridicule ne tue pas, peu importe qu’on vous prenne pour une folle à partir du moment où vous préservez votre intimité.

 

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(photo (c) La Parisienne)

 

 

9 thoughts on “Harcèlement

  1. Cela me fait penser au très beau texte de Kamel Daoud sur le fait de mettre la femme sous un voile chez les musulmans parce que les hommes sont incapables de se retenir de leurs instincts primaires (en gros, hein, c’est au milieu : http://www.lacauselitteraire.fr/pourquoi-les-islamistes-sont-ils-angoisses-par-la-femme).
    Le harcèlement, c’est pareil : plutôt qu’apprendre à contrôler ses désirs et pulsions animales, c’est sur les femmes que les hommes rejettent la faute…

  2. J’admire ton courage pour te débattre et foutre une branlée aux mecs qui t’agressent. J’ai la chance de ne pas subir d’attouchements (sauf une fois, j’avais 15 et j’ai pas trouvé ça cool), et j’espère un jour pouvoir me défendre aussi si ça m’arrive.

    Canalis
    du blog « Le Cerf à la Menthe » pour apprendre à s’aimer soi-même et gagner en confiance en soi

    • Attention, il faut parfois s’attendre aussi à de la violence en retour. Mais, le principe de ne pas se laisser faire verbalement ou physiquement est déjà un bon parti-pris.

  3. Coucou!

    Je crois que maintenant je vais monter au créneau! J’en peux plus, depuis l’épisode dans le rer, ou le mec en érection se frottait à moi, j’en peux plus, j’arrive plus à supporter… Innocente, encore, je trouvais bizarre mais je pensais que c’était le roulie d’un sac ou autre… Je sors, et il ma suivis, j’ai fait trois fois le tour du quai, sans trouver un seul agent de sécurité…
    Je suis traumatisée depuis…

    • Bonjour, oui, c’est clair, on ne réagit pas toujours directement parce qu’on ne pense pas à l’agression a priori. C’est clair aussi que dans ce cas, malheureusement, on ne trouve pas toujours d’aide ni de secours. Il ne faut hélas parfois compter que sur soi-même. Un torrent d’injures bien grasses n’est pas très agréable à déverser mais suffit parfois à désarçonner un agresseur qui ne s’attend pas à se faire traiter de la sorte publiquement.

  4. « C’est un viol, un petit viol, mais un viol néanmoins. » une main aux fesses n’est pas un viol, c’est une agression sexuelle. Pour qu’il y ait viol il faut pénétration.

    Pour le reste je suis d’accord avec toi, les hommes ne devraient pas faire ça… Je me rappelle avoir lu un article plutôt intéressant l’année dernière qui disait que c’était parce que, enfant, on ne leur apprenait pas. On apprend aux filles à se méfier, à ne pas porter de vêtements courts, etc. mais on n’apprend pas aux garçons à se tenir, à comment aborder une fille, que l’on n’a pas à toucher le corps de quelqu’un d’autre sans son consentement… Je crois que quelque part cet article avait un peu raison.

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