Petit manuel de survie

Pour la cohabitation avec un jeune adulte.

Après avoir passé toutes phases d’une cohabitation au long cours avec des extensions successivement passé des stades bébé rose et joufflu, enfant courant partout et exigeant des anniversaires à thème, pré ado grincheux, ado catatonique et bachelier en mode portnawak, si tu as survécu sans que ton système nerveux se transforme en un croisement entre Tchernobyl post-explosion et Fukushima après le tsunami, tu te retrouves parfois à héberger un jeune adulte en fin de cursus scolaire ou en début de vie professionnelle.

Ce malgré tous tes efforts divers pour le jeter dehors et récupérer sa chambre pour en faire un salon de massage et ainsi arrondir tes fins de mois.

Mais, compte tenu de l’allongement de la durée des études et de l’allongement de la durée des recherches de premier emploi, c’est parfois mission impossible. Ce malgré des ruses diverses pour l’éloigner telles que « va voir là-bas si j’y suis » « j’ai regardé sur internet, il y a un super concert sous l’arc-en-ciel, tout au bout de l’horizon » ou « je crois qu’il viennent d’installer un distributeur de billets en bas de l’immeuble, les 5 premiers devant ont le droit à 100 euros gratuits ».

Il va donc falloir cohabiter avec un jeune adulte.

Alors que tu croyais avoir touché le bout de ta souffrance avec un ado en crise, tu t’aperçois rapidement que ton chemin de croix n’est pas terminé.

Car

1/ L’engueulade en règle devient plus difficile, le sujet mâle ayant acquis une certaine masse musculaire qui t’empêche de lui en coller une bonne, sauf à monter sur un escabeau.

2/ Globalement, il s’en contretamponne totalement, de tes engueulades

3/ En fait il n’est jamais là quand tu veux l’engueuler

Oui, c’est la principale préoccupation d’ailleurs. Officiellement le sujet squatte chez toi. Officieusement ? A part lui coller un GPS les seules traces de vie qu’il laisse sont un frigo dont le contenu baisse plus vite que la marée qui se retire dans la baie du Mont Saint-Michel et une chambre qui est un mélange de dépôt Emmaüs, de site de festival rock après la fermeture et d’antichambre de l’enfer.

Il n’est jamais là LA JOURNEE. En revanche, tu peux t’attendre à un retour plus ou moins discret en milieu de nuit, TOUJOURS accompagné d’une petite faim qui pousse le sujet à cuisiner et à engloutir un ou deux steaks hachés avec pâtes carbonara à 3 heures du matin dans un grand concert de casseroles et d’assiettes. Suivi immanquablement d’une LONGUE douche puis d’un écroulement discret entre la charge d’un troupeau de buffles et un exercice de tir au bazooka sur son lit.

Oui, ami(e) parent, le jeune adulte a atteint une forme de vie nocturne, dont on suppose qu’elle lui procure une vision infra-rouge, des griffes préhensiles et une ouïe surdéveloppée pour pécho sa proie dans le noir.

En revanche, la journée, inutile de compter sur lui. Même en recherche d’emploi sur Facebook, il ne lui viendra pas à l’idée qu’il peut contribuer au bien-être de la communauté en faisant une tâche ménagère

Tu aurais ainsi la joie de rentrer le soir dans un chantier intégral après ta journée de travail harassante et 15 pannes de RER pour trouver le sujet affalé sur un siège quelconque avec des vêtements étalés partout OU une pile de vaisselle digne de figurer au livre des records.

Sans qu’il lui soit venu UNE MINUTE à l’esprit qu’il y a un engin appellé « lave-vaisselle » qui peut potentiellement la laver, pour peu qu’on daigne glisser les assiettes dedans.

Tu te retrouves ainsi à la limite du nervous breakdown à hurler LA phrase, CETTE phrase que tu t’étais jurée ne JAMAIS prononcer et qui te renvoie immanquablement à la case « vieille conne » sans passer par la case départ et sans toucher 20000 euros « MAIS CE N’EST PAS UN HOTEL ICI !!! ».

Sous le regard bovin du sujet en train de se demander s’il y aura des steaks hachés au frigo quand il rentrera cette nuit à 3 h du matin. Et qui te réplique froidement « mais euh, j’ai pas eu le temps, j’étais super-occupé aujourd’hui ».

D’ailleurs même quand il est là, il n’est pas là. Les seuls moments de partage que tu pourras espérer avoir c’est « au fait t’aurais pas 20 euros à m’avancer ? » (qu’il ne te rendra jamais bien évidemment). Car le jeune adulte vit retranché dans sa chambre. Il y dort, mange sur un plateau (les repas en famille c’est tellement pas swag), et regarde des séries sur les internets en gloussant seul comme un phoque qui appelle sa femelle à la saison des amours sur la banquise.

Ah si, environ deux fois par an, il arrive dans le salon, te regarde avec un grand sourire pour une raison qui restera totalement inconnue et repart à ses occupations.

C’est dans ces moment qu’on suppose qu’il a passé une bonne nuit.

Parfois aussi il est là alors qu’on aimerait qu’il ne soit pas là. Tu rentres un après-midi à l’improviste et entend des bruits bizarres de chute au sol et de ce qui ressemble à un rhabillage précipité qui te font comprendre qu’il vaut mieux aller directement t’enfermer dans ta chambre pour éviter de croiser Marie-Cerise, Géraldine ou Lucienne rougissante, la chemise en vrac et les cheveux en l’air dans le vestibule.

Suivi d’un très gêné « bon ben on a un dossier à finir, je pars travailler chez un copain, salut ».

Tu parles que le dossier il se travaille à l’horizontale.

Et il te laisse environ 48 h sans nouvelles te faisant appeler les commissariats et les hôpitaux avant de voir revenir le sujet totalement détendu rétorquer à tes hurlements hystériques « boh, j’avais plus de batterie » « boh j’avais plus de forfait » « boh oui mais je bossais » « boh mais pourquoi tu t’énerves ? » (rayer la mention inutile).

Les 48 h se transformant en 3 semaines environ quand le jeune adulte arrive à mettre ses neurones et son organisation en commun avec ses semblables pour partir en vacances au camping de Palavas-Les-Flots et travailler sur des dossiers horizontaux, une bière à la main.

Quand tu t’habitues à l’idée de dormir des nuits complètes sans bruit de casseroles et que tu te dis  que tu va pouvoir transformer sa chambre en salon de massage, au moment où tu te décides à repeindre la pièce, son occupant rentre et t’expulse en hurlant « mais LAISSE MES AFFAIRES TRANQUILLE » avant de se ruer sur le frigo en râlant « flûte y’a plus de steaks hachés, j’avais un petit creux ».

A ce stade, que tu sois croyante ou pas, tu pars allumer un cierge à Sainte-Rita, patronne des causes perdues pour qu’elle t’aide à voir la lumière au bout du tunnel et qu’elle insuffle l’idée à ton extension de se mettre en co-loc avec Marie-Cerise, Géraldine ou Lucienne à qui il pourra faire des Carbonara à 3 h du matin sans qu’elle y voit un quelconque inconvénient, elle.

Oui, jeune parent qui vient de procréer, tu vois que tu n’es pas au bout de tes peines.

Tu en as pour environ 25 ans de cohabitation chaotique au bout desquels ta progéniture peinera à te distinguer d’un chariot de supermarché ou d’un distributeur de billet.

Tu ne pourras pas dire que je ne t’ai pas prévenu.

 

Sainte_Rita

Sainte Rita aidez-moi

(J’avoue j’adore ces trucs atrocement kitsch)

 

 

 

 

6 thoughts on “Petit manuel de survie

  1. Quand notre dernière fille a quitté la maison, on me disait -tu dois être triste ? Je repondais – NON, je suis tellement contente que je fais des roulades dans le salon !
    Ce qui destabilisait les gens. Mais, c’est vrai pour toutes les raisons ci dessus.

  2. Merci – Merci – Merci !
    Tout à coup… je me sens beaucoup moins seule !
    J’ai honte aussi… mais je l’ai déjà dit à ma tout juste 18 ans, il y a quelques jours… :
    « Nannnnnnnnnnnn, mais c’est pas un hôtel ici, où tu es nourrie, logée, blanchi !!! Faudrait voir à participer un peu !!! ».
    Je n’ai bien entendu pas eu de réponse…
    Ah et aussi, hier soir elle travaillait jusque 21h… 21h15 : pas de nouvelles, 21h30 : toujours rien, 21h45 : niet…
    Et la voilà qui se pointe à 21h59, avec son fameux : « J’suis là !!!.
    Moi : « Bah tu pouvais prévenir que tu rentrais plus tard ! ».
    « J’avais plus de batterie !!! ».
    Voilà-voilà…

  3. Quoi ?
    Tu veux dire qu’avec ma 12 ans et demi je suis à peine à la moitié du gué ?
    Pfff déjà qu’elle a attaqué l’adolescence tôt et qu’il ne sera pas certain qu’elle en sortir plus vite que ses copines qui ont commencé à l’âge normal, je me sens bien fatiguée d’un coup…
    Sinon oui elle sait déjà m’appeler pour me demander d’aller lui acheter un truc, m’annoncer une broutille au sujet de ses potes ou qu’elle n’a pas trouvé de brioche en rentrant de cours, mais elle a déjà eu une tendance à oublier de m’avertir qu’elle passait le mercredi après midi chez une copine ou qu’elle rentrait plus tard pour cause de panne de tram (y avait plus de batterie, bien sur et la copine tu l’appelle en pédalant en ce moment là ? )

  4. Tu m’as fait gagner ma journée! Trop drôle!
    Je découvre le stade ado boudeur…et m’en vais de ce pas prendre un abonnement mensuel chez Sainte Rita pour les 15 prochaines années 😉

  5. Ha ha, j’ai bien rigolé, j’ai le même à la maison ! Jamais là quand on en a besoin, et descente de frigo en règle. Mais voilà, il part lundi pour Berlin , et ça va faire un grand vide !

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